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Kinshasa, le 30 juin 2010 ressemble à Munich, le 30 septembre 1938 3/3 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Roger Buangi Puati, théologien   
Jeudi, 29 Juillet 2010 14:41

Comparaison n’est pas raison. Dans l’histoire des hommes et des nations, les parcours et les trajectoires diffèrent selon les circonstances et le contexte historique auxquels ils sont liés. Jamais, même avec des points de ressemblance, deux faits historiques ne sauraient être superposables. Néanmoins, il est permis de dire qu’il y a des rapprochements possibles entre deux réalités, certes séparées dans l’espace et dans le temps, mais qui, sans forcer la comparaison, nous susurrent des traits évidents de convergence voire de gémellité. C’est le cas de la situation politique actuelle dans la région des Grands Lacs africains, entre la RD Congo et le climat qui préludait à la Seconde Guerre mondiale.

Adolf Hitler, arrivé au pouvoir en Allemagne en 1933, montait en puissance et avait une armée forte, équipée, disciplinée et conquérante. L’Allemagne était en face d’un ventre mou, la Tchécoslovaquie. La crise des Sudètes, territoires tchécoslovaques revendiqués par l’Allemagne, finit par mobiliser les grandes puissances européennes. Chaque nation, ne voulant pas être envahie par l’armée allemande, se croyait dans l’obligation de s’attirer les bonnes grâces d’Hitler. Il fallait absolument rechercher la paix avec cette puissante et menaçante nation. C’est ainsi que les Accords de Munich vont être signés entre le Royaume-Uni, la France, l’Italie et l’Allemagne représentés respectivement par Neville Chamberlain, Edouard Daladier, Benito Mussolini et Adolf Hitler. Par gain de paix, ce traité consacrera la mort de la Tchécoslovaquie en tant qu’Etat indépendant, dont 85'000 km2 sont cédés à l’Allemagne. Le gouvernement tchécoslovaque sera averti par les pays signataires des Accords de Munich: s’il se révoltait contre l’Allemagne hitlérienne, il ne bénéficiera d’aucun soutien de leur part.

 

Tout le monde exulte, mais un petit reste flaire le danger qui va s’abattre sur toute l’Europe. En France, Henri de Montherlant écrira dans L’Equinoxe de septembre 1938 : « La France est rendue à la belote et à Tino Rossi (…) Sur le demi-cadavre d’une nation trahie, sur les demi-cadavres de leur honneur, de leur dignité, de leur sécurité, les hommes par millions dansent la danse de Saint-Guy de la paix (…) Délirez à votre aise, pauvres manœuvrés et dupés, affaiblis, souffletés, et qui accueillez votre défaite et votre humiliation avec les transports de joie de l’esclave ».

Winston Churchill, qui a pris la tête d’une partie des Conservateurs, dénonce ce traité en des termes restés célèbres pour la postérité : « Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre ».

 

Un des barons du « kabilisme », soutenant le rapprochement du Congo avec le Rwanda, affirmait il y a si peu : « on ne peut faire la paix qu’avec ses adversaires ». Le problème est que entre ces deux pays, on ne peut pas parler de paix mais de capitulation du premier vis-à-vis du second. James Kabarebe, lors de sa dernière visite à Kinshasa en été 2009, était venu quérir cette reddition auprès de « Joseph Kabila », avant les opérations militaires conjointes contre les FDLR dans l’Est du Congo.

 

Ceux qui aspirent à la paix à tout prix se demandent : « Qu’y a t-il à gagner pour le Congo dans le fait de ne pas conclure de paix immédiate avec le Rwanda de Paul Kagame ? La respectabilité. Avec le Rwanda, il y a un lourd contentieux truffé de mensonges. Voisins, la réconciliation est un chemin incontournable mais… Au vu du génocide commis par le régime de Kagame en RD Congo, notre interrogation doit nécessairement se formuler comme suit : Quelles sont les conditions de la paix avec le Rwanda ? Après avoir massacré 6 millions des nôtres, un gouvernement sensé et véritablement national se poserait légitimement cette question.

 

Par quelle étourderie peut-on conclure la paix avec Kagame sans que la vérité ait été établie sur les graves crimes commis chez nous sous l’égide de l’homme fort de Kigali ? Par quelle folie peut-on inviter Kagame à Goma sans que justice soit rendue  au Congo pour les massacres et le viol de nos populations et un égorgeur comme Nkundabatware caché par le gouvernement rwandais ? Par quelle irresponsabilité politique et humaine peut-on recevoir Kagame en grandes pompes aux festivités du 30 juin 2010, marquant le cinquantenaire de la souveraineté de notre pays foulée aux pieds par le Chef de guerre de Kigali ? Par quelle amnésie volontaire peut-on parler de réconciliation et de marché commun avec le Rwanda sans que le Congo n’ait été indemnisé suite à la spoliation de ses richesses par ce voisin belliqueux ?

 

Vérité, justice, réparation et enfin réconciliation : voilà les étapes d’une paix digne. Mais réconciliation avec le peuple rwandais ne doit en aucun cas équivaloir à une réconciliation avec le régime criminel de Kigali. Aussi longtemps que le Rwanda, quel que soit son gouvernement, aura des visées d’extension géographique sur le territoire congolais, nous n’accepterons aucun traité de paix avec lui.

 

En n’ayant pas posé ces préalables raisonnablement logiques, le régime de « Kabila » a trahi le peuple congolais en couvrant les crimes les plus horribles commis sur nos populations. Il s’est trahi aux yeux de celui-ci en dévoilant sa vraie nature à savoir, un pouvoir à la solde de l’étranger. En se rapprochant du Rwanda dans des conditions de soumission, « Joseph Kabila » et ses acolytes ont conclu une paix des lâches avec le bourreau du peuple qu’ils sont sensés protéger. Le 30 juin de cette année aura été la réplique tropicale des Accords de Munich version 21e siècle et la consécration de l’esclavage sous lequel le pouvoir d’occupation de Kinshasa voudrait maintenir l’ensemble du peuple congolais. Nous avons énuméré les étapes pouvant nous conduire vers une réconciliation possible avec le Rwanda. La seule paix qui vaille la peine à nos yeux est une paix des braves. C’est le travail du petit reste, pour parler comme l’abbé Mbelu. C’est la noble lutte de la race des bâtisseurs, dixit Tshiyoyo Mufoncol, cette bataille que livre la minorité agissante qui refuse l’ordre kagamiste et l’aplatissement du grand peuple du Congo. A la libération, les Congolais pourront ainsi reprendre à leur compte cette citation de Winston Churchill disant : « Jamais dans l’histoire des conflits un si grand nombre d’hommes ont dû autant à si petit nombre ». A toi, Chebeya Bahizire.

 

Mise à jour le Jeudi, 29 Juillet 2010 14:46
 

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