Politique
mardi octobre 16, 2018
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Les partisans de Joseph Kabila annoncent à qui veut les entendre qu’ils vont gagner les élections prévues en décembre prochain à tous les niveaux. Pourquoi cette assurance, mieux cette insolence qui rime avec l’orgueil de ceux qui vendent la peau de l’ours avant de l’avoir tué?

On se souviendra de ce que le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, avait rencontré le 10 août dernier Emmanuel Ramazani Shadary, le dauphin désigné par Joseph Kabila comme le candidat du pouvoir sortant à la présidentielle de décembre 2018, certainement à la demande de M. Kabila.
En période pré-électorale aussi sensible, il est évident que le président sud-africain a commis une faute politique en donnant l’impression d’avoir choisi son camp sans attendre que le peuple congolais se choisisse les dirigeants en qui il a confiance. Comment en serait-il autrement quand Lambert Mende Omalanga, autoproclamé porte-parole de Shadary déclare sans gêne ni retenue que le président sud-africain a reçu le candidat de la Kabilie parce qu’il estime que c’est lui qu’il croit en mesure de l’emporter à la présidentielle de décembre 2018.

Si au Front commun pour le Congo ( FCC), la nouvelle plate-forme regroupant anciens et nouveaux Kabilistes issus de l’opposition politique ( dont Bruno Tshibala, José Makila et leurs compères) on a applaudi des mains et des pieds la rencontre Ramaphosa-Shadary, à l’Udps de Félix Tshisekedi le sang n’a fait qu’un tour. Jean-Marc Kabundu, secrétaire général de l’Udps, a adressé une lettre d’indignation au président sud-africain pour regretter sa rencontre avec Shadary. On croit savoir que l’opposition sud-africaine ne manquera pas l’occasion d’interpeller Cyril Ramaphosa sur sa partialité affichée avant la tenue des scrutins de décembre prochain.

Il a plus. Avant même l’examen des dossiers des candidats à la plus haute charge de l’Etat par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), André Atundu Liongo, porte-parole de la Majorité kabiliste, avait déjà annoncé le 27 juillet dernier au cours d’un point de presse que la candidature de Jean-Pierre Bemba ne serait pas retenue au motif que le président du MLC a été condamné par la CPI pour subornation des temoins. Atundu invitait d’ailleurs Jean-Pierre Bemba à faire une déclaration dans ce sens le plus tôt possible. Jean-Pierre Bemba ne l’entendra pas de cette oreille, même après l’invalidation de sa candidature par la CENI. Bemba Gombo ira d’ailleurs en appel devant la Cour constitutionnelle à la solde de la Kabilie qui le deboutera comme pour confirmer la prédiction du procureur Atundu. C’est ainsi qu’après l’arrêt de la Cour constitutionnelle invalidant la candidature de Jean-Pierre Bemba, Atundu Liongo est revenu à la charge en qualifiant ledit Arrêt de décision en faveur de la démocratie, de la légalité et de l’éthique dans la vie politique.

Ainsi reduit à sa plus simple expression, Bemba Gombo semble avoir perdu la tête au point de dénigrer les candidats de l’opposition, qui vont concourir à la présidentielle de décembre 2018, en les qualifiant de petits candidats retenus par le pouvoir. A l’opposition politique, il n’est nullement question de tirer sur une ambulance mis on aurait voulu que Bemba s’honore en faisant plutôt preuve d’élégance politique. Il n’est jamais tard pour bien faire.

Dans ce Congo à démocratiser où on marche sur la tête, un autre exemple parfait de la médiocrité en rapport avec la prochaine présidentielle vient d’être administrée par le doyen de la Faculté des Sciences sociales, administratives et politiques de l’Université de Kinshasa. Albert Muluma Munanga, c’est son nom, a adressé le 13 août 2018 un drôle de courrier à Ramazani Shadary avec copie aux membres du comité de gestion de l’Unikin. Il y écrit: “ La Faculté des Sciences politiques dont vous êtes membre et produit scientifique a l’insigne honneur de vous informer qu’elle se réjouit et jubile à l’occasion de votre désignation par le président de la République comme candidat de la grande plate-forme politique FCC à l’élection présidentielle de décembre 2018. Ainsi réunie autour de son doyen, elle vous présente ses très sincères félicitations et ses encouragements et vous rassure qu’elle vous soutiendra jusqu’à l’aboutissement heureux du processus. Même sous Mobutu, on n’était pas descendu si bas!


Bizarre, le comité de gestion de l’Université de Kinshasa est aux abonnés absents. Aucune réaction dans le sens de désavouer la démarche ridicule du doyen Muluma. Comme quoi, science sans conscience n’est que ruine de l’âme!


Et comme si cela ne suffisait pas, Lambert Mende Omalanga en remet une couche à la suite d’une interview accordée à un média congolais la semaine dernière, et destinée à justifier le refus par la Kabilie de Thabo Mbeki comme envoyé spécial de la SADC en RD Congo, en affirmant que la majorité au pouvoir va rempiler parce que l’opposition ne s’est pas bien préparée. Que peut bien cacher cette assurance si ce n’est que la messe est déjà dite grâce à la machine à voter à travers laquelle le hold up électorale est programmé?


Décidément, le pays de Lumumba n’a pas de chance!