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jeudi décembre 13, 2018
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Trente sept ans se seront bientôt écoulés depuis l’épopée africaine de la mythique équipe nationale de football du Zaïre débutée en 1973. Beau et joyeux parcours qui se terminera très durement en République Fédérale d’Allemagne par la participation d’une première équipe d’Afrique noire à une phase finale de la coupe du monde de football FIFA en 1974. Eux, ce sont les Léopards du Zaïre dont personne ne se souvient peut-être plus de leurs visages si ce n’est de leurs noms. Pour mémoire et tous amateurs, ils s’appelaient : Robert Kazadi Mwamba, Rio Ricky Mavuba Mampwila Sundu, Albert Mukombo Mwanza, Martin Tshinabu wa Munda, Albert Tubilandu Dimbi, Paul Kalambay Otepa, Lobilo Boba, Jean Kembo Uba Kembo, Joseph Mwepu Ilunga, Mana Mambwene, Kabasu Babo, Tex Mbungu Ekofo, NGoyi Kafula, Raymond Bwanga Tshinemu, Ndongala Diabonza, Kilasu Massamba, Ndaye Mulamba, Emmanuel Kakoko Etepe, Pouce NTumba Kalala, Mwape Mialo, Joseph Kibonge Mafu, Taty Mbungu, Albert Kidumu Matantu, Adelard Mayanga Maku…

 

Hier encore joueurs d’exception et adulés du public zaïrois, ils ont tous été affublés des surnoms comme Docta Lobilo, Seigneur Kibonge, Citoyen But Kembo, Dieu de ballon Kakoko, Good Year Mayanga, Caravelle Mbungu, Petit sorcier Mavuba, Ventilateur Mana, Grand frère Mwepu, Petit frère Mukombo, Pouce Ntumba, Ndaye Mutumbula (fantôme)... Ces hommes tombés aujourd’hui dans l’anonymat total ont soit choisi l’exil à l’étranger pour les uns si ce n’est celui intérieur pour les autres. L’hommage aux mondialistes de 1974 qui a commencé le 2 juin 2008 au Centre Wallonie Bruxelles de Kinshasa s’est poursuivi sur les terres allemandes qui les a vus s’exprimer en 1974 au festival du documentaire «Le Dok-Leipzig» en Allemagne en 2009 avant de revenir à Charleroi lors du festival africain en 2010. Si Mwepu, Tubilandu, Mana Mambweni, Lobilo Boba et son épouse, Lembi, Mbungu Taty, l’entraîneur Kabamba étaient présents à Kinshasa; Kibonge, Kidumu, Mayanga et Bwanga étaient de la partie en Belgique où ils ont été décorés par les autorités de la ville de Charleroi.

 

L’histoire de ce documentaire demeure celle de ces dix matchs marathons d’anthologie entre Lomé au Togo, Douala au Cameroun, Accra au Ghana, Lusaka en Zambie et Casablanca au Maroc  pour que nos footballeurs au maillot jaune frappé d’une tête de léopard rugissant arrachent leur qualification pour le Weltmeisterschaft 1974. La victoire devant amener les zaïrois en Allemagne avait été acquise au soir du dimanche 9 février 1973 au stade du 20 Mai de Kinshasa Kalamu devant le Maroc sur un score 3 buts à 0. La cerise sur le gâteau fut la victoire le 14 mars 1974 face aux Migthy Zambia par 2 buts à 0 dans un stade du Caire vide des spectateurs en devenant champions d’Afrique de Nations pour une deuxième coupe d’Afrique après celle de 1968 à Addis-Abeba en Ethiopie.

 

Trois matchs, trois défaites  face à L’Ecosse (2-0), La Yougoslavie (9-0) et Le Brésil (3-0) ; les amateurs zaïrois dirigés par le serbe yougoslave Vidinic Blagojevic auront fait preuve de leurs lacunes dans le monde du foot dont la professionnalisation avait une longueur d’avance ailleurs.  Cette participation calamiteuse à la phase finale de la coupe du monde laissera des traces qui poursuivront le football zaïro-congolais jusqu’en 2008 où les Léopards locaux remporteront la coupe d’Afrique des Champions.

 

Retrouver les héros de cette épopée et les faires parlé pour la postérité fut le rêve fou de deux jeunes étudiants de l’Institut National des Arts (INA) de Kinshasa, Clarisse Mavuba et Demato Makondele. Ce pari sans aucun moyen financier (budget) en prévision se matérialisera avec le concours et la maestria de deux jeunes réalisateurs congolais installés en Belgique et à Kinshasa Monique Mbeka Phoba et Guy Kabeya Muya. Héros de toute une nation et d’un continent, nos Léopards champions d’Afrique 1973 et participants au mondial 1974 ont été abandonnés dans les oubliettes de l’histoire par les autorités du pays dont ils ont pourtant fait l’honneur. Il aura fallu ce documentaire pour les sortir de cet oubli. C’est l’idée même du film «Entre la coupe et l’élection» qui se tourne en pleine période d’ébullition politique des élections générales et présidentielles de 2006. Clarisse Mavuba, Demato Matondo Makondele, Guy Kabeya Muya et Monique Mbeka Phoba sont donc les parents de ce film qui nous a remémoré ces hommes d’une épopée presqu’exceptionnelle de notre pays car depuis cette date, rien n’avait plus marché avec le football zaïro-congolais. Certes que «les temps de gloire sont à présent bien passés et le présent toujours sombre, même si ces souvenirs continuent à faire vibrer d’émotion des Congolais, qui, à la faveur des élections, rêvent de jours meilleurs» comme l’écrit les initiateurs de ce film. Ce documentaire révèle encore plus la tragédie à la congolaise (zaïroise) lorsqu’on écoute les témoignages des survivants de cette génération qui était entrée dans l’histoire par la grande porte et qui en est ressortie par la petite. C’est ce qu’on devra plus écouter et méditer surtout sur l’ingratitude humaine

 

Qui sont les parrains de film ? Monique Mbeka Phoba qui n’en est pas à sa première a derrière elle une quinzaine d’années de réalisation en documentaire avec 9 œuvres entre court et moyen métrage à son actif. Sa filmographie parle des questions sociales à celles politiques sans oublier des interrogations sur l’existentiel. Fille de Mbeka Makoso et ayant passé la grande partie de sa vie entre la Belgique et l’Afrique de l’Ouest au Benin, elle a un amour particulier pour le Congo-Zaïre de ses parents où elle revient plusieurs fois par an. Comme pour «Entre la coupe et l’élection» en 2006, l’on se rappellera qu’elle a filmé la renaissance d’une presse écrite indépendante du Congo-Zaïre en 1991 dans «Revue en Vrac» où à travers les meetings de l’opposition et les salles de rédaction des journaux; elle décrivait cette nouvelle presse vulnérable mais dynamique dans le Congo-Zaïre des années 1990.

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Les autres titres de sa filmographie sont «Deux petits tours et puis s’en vont…», «Un rêve d’Indépendance », «Sorcière, la vie !», «Une Voix dans le Silence», «Anna, l'Enchantée». Habituée des festivals à travers le monde, Monique Mbeka Phoba en a écumé : Ecrans Documentaires de Libreville (Gabon), Festival de Tübingen (Allemagne), Festival Panafricain de Cinéma de Ouagadougou (Burkina-Faso), Festival LAGUNIMAGES (Bénin), Festival Panafricain d’Alger (Algérie), Quinzaine du Cinéma Francophone (France), Festival de documentaires de Leipzig (Allemagne), Women Of the Sun (Afrique du Sud), IFFF (Harare-Zimbabwe), Festival Africain de New-York (USA), Congo In Harlem (New-York, USA), Festival du Film africain de Charleroi (Belgique), Africa in the Pictures (Pays-Bas), Exposition Ligablo (Bruxelles), Festival des 7 Quartiers (Brazzaville-Congo), Festival de la Solidarité (RD Congo), Festival Africain de Louvain (Belgique).

Lauréate de plusieurs prix dont celui d’ "Images de Femmes", au festival VUES D'AFRIQUE, à Montréal pour Anna l’enchantée. Tous ses documentaires ont connu une vie de diffusion sur les télévisions du monde entier dont la RTBF (Belgique), YLE TVI (Finlande), l’ORTB (Bénin), CFI (diffusion sur les télévisions africaines francophones), l’ORTB (Bénin), France 5, TV5, RFO, 3 SAT ZDF (Allemagne), CFI, MNET (Afrique du Sud), télévision locale de Papouasie/Nouvelle-Guinée. Master en écriture de scénario à l’Institut des Arts de Diffusion de Louvain-la-Neuve en poche, Monique Mbeka Phoba est actuellement en pré-production de son premier court-métrage, tout en entamant l’écriture de son premier long-métrage. Elle a également édité un recueil de poésies dénommé : «Yemadja».

De Guy Kabeya Muya, on sait qu’il s’agit d’un jeune diplômé en Art Dramatique de  l’Institut National des Arts(INA). Il possède également une formation en Techniques de l’audiovisuelle polyvalente à la Cellule de l’Audiovisuelle de Mbalmayo et Technique de traitement de l’information à Vidéo pro de Douala au Cameroun. Pour les congolais aimant le théâtre populaire kinois, ils l’ont déjà vu sous le personnage de Muya dans les sketches populaires du groupe Horizon de Kinshasa. Actuellement, il est installé et vit en Belgique.

 

Monique Mbeka Phoba revient avec humour sur certains faits de 1974 lorsqu’elle écrit : «C’est un des évènements les plus importants de la jeune histoire du Congo. En témoigne la folie collective qui avait saisi le pays, en apprenant que la première équipe d’Afrique sub-saharienne sélectionnée en Coupe du Monde était congolaise, l’espèce de passion qui entourait la moindre anecdote à ce propos. On disait, par exemple, que, pour mieux la stimuler, l’équipe avait amené un groupe folklorique, qui se livrait, devant tout le public du Mondial, à des danses enivrantes et flamboyantes. On disait aussi qu’il y avait dans les bagages de ces footballeurs certains féticheurs supposés les rendre invincibles…

…Mais, toute cette frénésie tourna court. L’équipe des Léopards fut laminée et, jusqu’à l’avènement des Lions Indomptables du Cameroun, en 1982, plus jamais il ne fut question d’une équipe africaine en Coupe du monde. …Dans ce film, il n’est pas seulement question de football. Il y est aussi question d’épopée, d’amour du pays, de malchance, de revanche, de héros et de perdants. Il y est question des Congolais, tout en étant question de football. Car, de même que les membres de cette équipe mythique de 1974 sont actuellement abandonnés, désargentés et, parfois même, réduits à la mendicité, de même les Congolais se trouvent-ils à la recherche de leur avenir. Alors que c’est un pays de gigantisme et de démesure, les Congolais y vivent comme des nains de leur propre histoire. Que de parallèles à faire entre cette équipe et l’histoire du pays, entre les Congolais et cette équipe ».

 

C’est comme si les gouvernants actuels avaient entendu le cri de cœur et de colère de quatre coréalisateurs d’«Entre la coupe et l’élection» : l’actuel régime en place promet de prendre en charge les anciens Léopards. Et ce, en leur attribuant une sorte de prime mensuelle équivalente à une rente d’anciens combattants ou autres retraités de la Fonction publique. C’est ce qui est ressorti de la rencontre entre les champions d’Afrique 1968 et les mondialistes 1974 encore en vie et présents à Kinshasa avec le chef du gouvernement Kabila en feignant de déplorer l’oubli dans lesquels ces vaillants fils du pays sont tombés. Ils ont en outre réclamer une pension honoraire mensuelle, l’organiser des manifestations sportives pour commémorer la mémoire de ceux qui sont morts et la formalisation par décret de la mémorable date du 23 janvier comme journée nationale de sport rappelant le jour où les Léopards ont remporté la 1ère coupe d’Afrique des Nations en 1968 à Addis-Abeba en Ethiopie.

 

Parmi les anciens Léopards présents à la rencontre avec Adolphe Muzito, il y‘avait Kabamba Serpent de rails, Mana le ventilateur, le Général Mange,  Mungamuni l’homme d’Asmara, Lobilo Boba, Ebengo et Kalala Mukendi dit Yaoundé. Cette nième opération de communication dans une année charnière avec la tenue de l’élection présidentielle de novembre 2011 ne laisse personne indifférent.