Actualités
lundi novembre 20, 2017
Register

Depuis le mois de janvier de cette année, la violence dans le Grand Kasaï a dépassé l’Est de la RD Congo selon bien d’observateurs. Le conflit entre les adeptes de Kamuina Nsapu, chef coutumier assassiné, et l’armée gouvernementale a touché les cinq provinces du Grand Kasaï avec à la clé des dizaines de fosses communes et plus d’un million de déplacés dont des milliers de réfugiés en Angola.

Comment en est-on arrivé à autant de déplacés voire de réfugiés en Angola dont des prêtres et religieuses des diocèses de Luebo et Luiza ? La réaction de l’armée gouvernementale a été jugée disproportionnée face à des miliciens ne disposant pas d’armes de guerre.  Serait-ce parce que les adeptes de Kamuina Nsapu considéraient les forces gouvernementales déployées sur leurs terres comme des envahisseurs étant donné que leurs commandants ont été de toutes les rebellions soutenues par le Rwanda depuis que l’AFDL s’était emparée du pouvoir d’Etat à Kinshasa ?

La vérité est que les officiers déployés au Kasaï ont tous commencé leurs carrières à l’époque de la rébellion de l’AFDL qui a contraint le président Mobutu à la fuite en mai 1997. Ce sont donc des soldats venus de l’Est du pays, en fait des officiers rwandophones qui ont été chargés de mener la guerre contre les adeptes de Kamuina Nsapu.

A la tête de la répression se trouvait le général Eric Ruhorimbere, chef des opérations. Il fait d’ailleurs partie des personnalités congolaises sanctionnées par l’Union européenne en mai 2017. Il lui est reproché particulièrement d’avoir eu un recours excessif à la force et d’être responsable des exécutions sommaires commises par ses militaires dans le Grand Kasaï.

En effet, lorsque les soldats banyamulenge (tutsi dits congolais)s’opposent au président Laurent-Désiré Kabila qui s’est retourné contre ses alliés rwandais et ougandais en 1998, Eric  Ruhorimbere adhère au Rassemblement congolais pour la démocratie, RCD, nouvelle rébellion contre Kinshasa soutenue par le Rwanda.

Lors de la guerre qui s’en est suivie, Eric Ruhorimbere fait naturellement partie des combattants Banyamulenge. A ce titre, il est soupçonné d’avoir participé à l’assassinat de 36 officiers congolais à l’aéroport de Kavumu au Sud-Kivu le 4 août 1998 et aux massacres de Makobola et Kasika entre 1998 et 1999.

Quand, à la faveur du Dialogue intercongolais organisé à Sun City en Afrique du Sud, des rebelles sont intégrés dans l’armée gouvernementale en 2003, Eric Ruhorimbere refuse, comme nombre d’officiers rwandophones, de quitter le Kivu et d’être envoyé dans une autre province de la RD Congo. Pas question pour eux de laisser la sécurité de leurs familles et biens être assurée par d’autres.

Lorsqu’en 2004, Jules Mutebusi, colonel insurgé, prend la ville de Bukavu, Eric Ruhorimbere est à ses côtés. Il va fuir au Rwanda quand l’armée gouvernementale reconquiert Bukavu.

En 2007, quand est créé le CNDP, rébellion créée par Laurent Nkunda, un autre officier rwandophone, Eric Ruhorimbere en fait partie.

La seule fois où Eric Ruhorimbere s’est désolidarisé d’une rébellion des banyamulenge contre le régime de Kinshasa c’est quand a été créé le M23 (Mouvement du 23 mai) en 2012. Pour ce seul fait, Eric Ruhorimbere a été récompensé et promu général par Joseph Kabila en 2014.

A deux ans de la fin du deuxième et dernier mandat de Joseph Kabila (en décembre 2016), Eric Ruhorimbere est nommé, en compagnie d’autres officiers banyamulenge ayant pris part à différentes rébellions (exceptée celle du M23) dans le centre et l’ouest du pays ! Les voilà qui acceptent curieusement de quitter l’est du Congo et de s’éloigner de leur base-arrière : le Rwanda !

En fait, le premier officier rwandophone à quitter le Kivu pour ouvrir la voie Est-Ouest fut le général Obed Rwibasira. Il est pourtant accusé de laisser l’armée rwandaise faire des incursions en territoire congolais lorsqu’il était commandant de la région militaire du Nord Kivu ! Cela n’avait pas empêché son transfert en décembre 2004 à Mbujimayi au Kasaï-Oriental puis à Kananga au KasaÏ-Central !

Outre le général Obed Rwibasira, le colonel Innocent Zimurinda, autrefois commandant du 811e régiment, avait été muté à Kananga en 20123.

Autre fait suspect, depuis janvier 2017 et l’apparition des fosses communes au Kasaï, l’officier chargé des opérations à Tshimbulu se nomme François Muhiri Sebasonza, un autre rwandophone. Sa nomination est un véritable scandale du fait qu’il est accusé par la justice militaire congolaise d’être impliqué dans un massacre commis au Nord-Kivu en 2013. Bilan dudit massacre : au moins 200 civils tués et des centaines des maisons incendiées au Nord-Kivu. A l’époque, François Muhire commandait le 812e régiment.

Voilà que quand éclate la crise liée à l’affaire Kamuina Nsapu, quatre officiers soupçonnés du massacre de Kitchanga sont à Kananga, puis à Tshimbulu !

Faut-il dès lors un dessin pour comprendre pourquoi des fosses communes se sont multipliées au Kasaï et que leurs auteurs ne sont pas sanctionnés ? Les auteurs des massacres commis au Kivu par l’armée rwandaise et l’AFDL et les différentes rébellions qu’elle a engendrées ont-ils déjà répondu de leurs actes ? Il n’y a pas que la prédation et la gabegie financière qui sont instituées en mode de gouvernement mais aussi l’impunité.

Joseph Nkana Mukengeshayi