 Dans deux ans, Joseph Kabila, élu président de la
République Démocratique du Congo avec 58% en 2006, sera à la fin de son premier
mandat. Il devra se représenter devant les populations congolaises s’il veut
briguer un second mandat. Pour ce faire, Joseph Kabila multiplie des stratégies
pour mettre la chance de son côté lors des élections de 2011.
Le contrôle des provinces de deux Kasaï fait partie de la stratégie montée par le
camp de Joseph Kabila compte pour faire le plein de voix en 2011. La ville de
Mbuji-Mayi, chef-lieu de la province du Kasaï-Oriental, est ainsi au centre
d’une dispute latente entre le chef de l’Etat congolais et Adolphe Muzito, son
Premier ministre, issu du Parti Lumumbiste Unifié (PALU).
Il y a quelques mois, le
successeur d’Antoine Gizenga se rendait à Mbuji-Mayi à la tête d’une forte
délégation gouvernementale pour aller tenter de relancer les activités de la
Minière de Bakwanga (MIBA). Sur place, Adolphe Muzito avait vanté les efforts
fournis par «son gouvernement » pour remettre sur les rails la société
minière, ce qui lui avait valu un
accueil sans précédent de la part des habitants de la capitale mondiale du
diamant industriel.
Selon des analystes, ce discours
n’avait pas plu au camp kabiliste. «Comment le Premier ministre peut-il
vanter les efforts de son cabinet alors que tout ce qui se fait actuellement
l’est au nom du chef de l’Etat ? », murmurait-on dans les
couloirs de la Présidence de la République après le voyage de Muzito au
chef-lieu du Kasaï-Oriental.
Pour effacer les traces du Premier
ministre, quelques jours après, Evariste Boshab, le président de l’Assemblée
nationale, est descendu, lui aussi à la tête d’une forte délégation, à
Mbuji-Mayi pour aller parler de la réhabilitation de la MIBA. Si Adolphe Muzito
vantait les efforts du gouvernement en ce qui concerne la relance de la société
minière, Evariste Boshab, lui, avait un discours propagandiste : «Je
viens au nom du chef de l’Etat pour voir ce qu’il peut faire pour réhabiliter
la MIBA».
Ceux qui suivent de très prêt la
scène politique congolaise, avaient vite conclu que le président de l’Assemblée
nationale avait expressément effectué le déplacement de Mbuji-Mayi pour aller
effacer le nom du Premier ministre Adolphe Muzito dans la mémoire des Kasaïens.
Pluies diluviennes, un autre prétexte
A la mi-novembre, une pluie
diluvienne s’abat sur la ville de Mbuji-Mayi. Bilan : plus d’une centaine
de maisons sont emportées, laissant derrière elle des dégâts incommensurables.
Alphonse Ngoy Kasandji, le gouverneur PPRD du Kasaï-Oriental, va multiplier les
appels dans les médias pour solliciter l’aide du gouvernement central. Pendant
que tout le monde attendait la visite d’un membre de l’Exécutif national, c’est
encore Evariste Boshab qui va s’envoler
pour Mbuji-Mayi.
Sur place, l’aide apportée aux
sinistrés a été présentée comme étant un don personnel du chef de l’Etat. Comme toujours, le voyage du président de
l’Assemblée nationale a été rangé dans la rubrique des Cinq chantiers de la
République. En effet, Evariste Boshab était allé préparer la visite de Joseph
Kabila qui est arrivé au chef-lieu du Kasaï-Oriental le mardi 24 novembre 2009.
Question : pourquoi Evariste
Boshab ne s’est-il pas rendu à Dongo, dans la province de l’Equateur où,
quelques jours auparavant, des villages entiers ont été incendiés, faisant des
centaines de morts à la suite des bagarres entre deux ethnies rivales ?
Pourquoi Joseph Kabila, garant de l’unité nationale, n’est pas allé à l’Equateur
pour rétablir la paix qui est mise à mal dans cette partie du pays ?
Certes, Joseph Kabila a fait le
déplacement de Gemena (Equateur) après son voyage dans le Kasaï-Oriental. Mais,
pour plusieurs analystes politiques, le chef de l’Etat s’y est rendu plus pour
apporter son soutien à Jean-Claude Baende, dont l’élection en qualité du
gouverneur de l’Equateur est entachée de nombreuses irrégularités.
En plus, Joseph Kabila s’est rendu à Gemena, territoire
dont est originaire le Sénateur Jean-Pierre Bemba, incarcéré depuis plusieurs
mois à la Cour Pénale Internationale (CPI). Ce voyage est intervenu quelques
jours avant que la CPI se prononce sur la mise en liberté ou non du leader du
Mouvement de Libération du Congo (MLC). Le but poursuivi par Joseph Kabila est
de montrer à la face du monde qu’il reste populaire à Gemena, le fief de
Jean-Pierre Bemba, comme il l’avait fait auparavant à Mbuji-Mayi, le fief de
Etienne Tshisekedi, le chef de file de l’UDPS où les Kasaïens ont été humiliés
par Ngoyi Kasanji qui avait par cécité politique déclaré devant Kabila que
l’accueil « triomphal et spontané » qui lui était réservé était
l’expression d’une amande honorable de la population. Heureusement que le
ridicule ne tue pas !
Pourquoi Joseph Kabila ne s’est-il
pas rendu à Dongo là où s’entretuent ses concitoyens ? Selon des sources onusiennes,
les populations locales continuent à quitter leurs villages afin de trouver
refuge au Congo-Brazzaville. Pour montrer que la situation sur terrain est très
préoccupante, la Monuc vient de prendre la décision de mener une opération
militaire, de concert avec les Forces Armées de République Démocratique du
Congo et les éléments de la Police pour ramener la paix à Dongo.
Comme on
peut le constater, le chef de l’Etat congolais s’est rendu dans la province de
l’Equateur plus pour des raisons de marketing politique, que pour chercher à
ramener la paix à Dongo, dans le Sud-Ubangi. |