Le décès de Jean Serge ESSOUS ne doit surprendre personne, car le 30
Juillet 2009 sous la plume de votre serviteur sur le site Starducongo, un
S.O.S. a été lancé à toute personne de bonne volonté de venir au secours
d’ESSOUS très malade, alors qu’il se trouvait sur le sol français, après un
séjour artistique de trois mois, des Bantous de la capitale. Faute d’une prise en charge médicale pour le
maintenir en France, ESSOUS a été contraint de rentrer à Brazzaville. Et depuis
plus rien. Trébuchant à la clôture de la 7ème édition du FESPAM pour
recevoir la décoration décerné à son orchestre Les Bantous, personne après n’a
eu la présence d’esprit de se préoccuper de son état. Hélas ! Tout est
consommé.
Le dernier survivant des créateurs actifs de l’OK JAZZ, le 6 Juin 1956
est parti et avec lui toute une partie de l’histoire de la musique congolaise
sur les deux rives du fleuve Congo.
Musicien d’expérience, de souvenir, de synthèse, en un mot musicien de
grand talent, Jean Serge ESSOUS occupe une place importante dans l’histoire de
la musique congolaise. Arrangeur à la plume alerte et inspirée, il est demeuré un clarinettiste, flûtiste,
saxophoniste et chanteur dont on appréciait le goût très sûr, la pensée remarquablement organisée et surtout
la maîtrise instrumentale qui lui permettait d’improviser avec désinvolture
dans le registre divertissant.
Jean Serge ESSOUS est né en 1935 à Brazzaville. De l’école officielle de
Poto-Poto, il passe au collège de Dolisie. De retour à Brazzaville, il est
admis à l’école technique professionnelle (aujourd’hui Lycée du 1er
Mai). Il adore les maths, ce qui lui vaudra la formation d’électricien. Il n’a
donc pas beaucoup de peine a exercer ce métier en 1952 et 1953 à
« IBM-France » (une des premières sociétés de mécanographie installée
à Brazzaville) où il y trouve Marie Isidore DIABOUA et Jacques PELLA
« Lamontha », tous deux grands mécanographes. Ces derniers sont
également des musiciens de ballet et comme les musiciens lont toujours attiré
ESSOUS, il tient à tout pris d’être des leurs avant de s’initier à la flûte.
C’est donc grâce à Marie Isidore DIABOUA que Jean Serge ESSOUS fréquente
depuis 1951 Les Ballets Diaboua (à l’époque Ballet « Kongo dia Ntotela »)
en compagnie de Liberlin de SHORIBA DIOP, Jacques PELLA « Lamontha »,
Albert LOUBELO « Beaufort », MBOTO Jocker, Yves MPOUA et tant
d’autres. Les actions du groupe traditionnel rentrent en perpétuelle mutation.
C’est ainsi que le mouvement des ballets était né au Congo.
Janvier 1952, DIABOUA qui tient toujours à l’éclosion des nouveaux
talents apporte un sang nouveau à son œuvre, par la création d’une nouvelle
formation musicale moderne «
C.D.J. » (les compagnons de joie). Cette formation fait appel à des
chanteurs, percussionnistes, sansistes, mais surtout aux flûtistes :
ESSOUS – PELLA « Lamontha »
et MBOTO « Jocker » qui constituait le trio choc. Le CDJ aura surtout
le mérite de graver son premier disque en 1953 aux éditions CEFA de
Léopoldville. : « Kinialala tsula » et « Z’entendis la nuit »
1954. C’est encore Marie Isidore DIABOUA qui donne l’occasion à Jean
Serge ESSOUS de passer de la flûte à la
clarinette. En très peu de temps ESSOUS maîtrise déjà si bien la clarinette que
des sollicitations de quelques groupes lui sont destinées. Il choisi le NEGRO
JAZZ dont il fait partie sous la direction du guitariste Joseph KABA et avec
qui il fait en Janvier 1955 le voyage à Léopoldville. Voyage au cours duquel
Henri BOWANE (ce grand impresario, de père congolais de Brazzaville-Sibiti- et
de mère congolaise de Kinshasa-Bandaka -) assure donc au NEGRO JAZZ la gloire
au Parc de Boeck et au grand dancing kinois « Air France ». ESSOUS y
déploie une grande vitalité, car il se révèle dans une forme éblouissante,
faisant scintiller les nombreuses facettes de son art.
En 1956, ESSOUS est devenu un des
musiciens des éditions LONINGISA qu’on ne présente plus. Son départ du NEGRO
JAZZ au cours de l’année 1955, le place
parmi les grands requins de studio, qui avec LUAMBO MAKIADI Franco et LANDO
« Rossignol » vont travailler sur la recherche des sensibilités musicales dans le cadre d’un
groupe expérimental basé dans le célèbre bar-dancing OK BAR de son propriétaire
Oscar KASHAMA, lequel donne naissance le 6 juin 1956 à la formation de l’OK
JAZZ..- ESSOUS en devient facilement le
chef d’orchestre, et sous lui LUAMBO « Franco », LANDO
« Rossignol », LONGOMBA « Vicky », LOUBELO « De la lune »,
Saturnin PANDI et BOSUMA « Dessoin » (pour ne pas citer DIABOUA,
PELLA « Lamontha », Liberlin De SHORIBA DIOP, percussionnistes aux
éditions Loningisa et qui ont pris une part active à la création de l’OK Jazz)
Dans l’OK Jazz, on compte ESSOUS parmi les meilleurs compositeurs dont
l’inspiration principale est demeurée sans conteste. Prodigieuses, des chansons
comme « Se pamba », « Lina », etc qui ont défrayé la chronique à cette époque.
Décembre 1956, le travail de l’impresario et talentueux musicien Henri
BOWANE aux éditions Loningisa, ne correspond plus à ses conceptions. Il pense
qu’ESSOUS, LANDO Rossignol, Saturnin PANDI, Nino MALAPET sont les musiciens qui
ont produit sur lui la plus forte impression, a tel point qu’ils éprouvent en
1957 la naissance de l’orchestre ROCK-A-MAMBO au sein des nouvelles éditions
ESENGO. Le ROCK-A-MAMBO évoque à lui seul ce que nous avions connu d’admirable
dans les arrangements des chansons congolaises que dans l’interprétation des
rythmes afro-cubains. Une grande ouverture sur l’Amérique latine dont il avait
réservé à l’espagnol une place importante dans les compositions. En effet, si
le cha cha cha est né à Cuba en 1951 de son inventeur Enrique JORRIN, au Congo
et en 1957, c’est à Jean Serge ESSOUS que nous devons les toutes premières
interprétations : « Baila » et « Sérénade
sentimentale » dont la sensation à cette époque était proche du vertige.
1959, ESSOUS quitte le ROCK-A-MAMBO, avec lui Saturnin PANDI, notamment à
la faveur de la naissance, le 15 Août 1959. de l’Orchestre BANTOUS.- ESSOUS en assure la direction jusqu’au 11
Août 1966 avant de faire le relais à Nino MALAPET, précisément à Dakar, après
le Festival mondial des arts nègres. Ici commence son grand parcours aux
Antilles avec le RICO JAZZ, où il est le premier congolais à initier la musique
congolaise dans cette contrée où seule la biguine régnait. Lui et son groupe
sont pour quelque chose dans l’éclosion de KASAV.- ESSOUS fait également partie
du célèbre groupe de Manu DIBANGO « l’AFRICAN TEAM » entre 1969 et
1970.
Le 22 Février 1970, ESSOUS, son épouse antillaise de la Martinique et
leur fils né en Martinique sont de retour à Brazzaville. Peu de temps après et
à la grande satisfaction du monde musical congolais, il est nommé conseiller
artistique à la SOCODI (Société congolaise de disque). Naturellement, il
rejoint Les Bantous, avant de repartir une fois de plus en exil en France, et à partir de Septembre 1989 jusqu’en 1992
année de son retour définitif au Congo. Cette fois, la présidence de la république,
(sous LISSOUBA) qui lui reconnaît beaucoup de talent dans le domaine musical,
le nomme conseiller culturel au cabinet du président de la république. En dépit
de ses charges, ESSOUS n’abandonne pas pour autant la musique et son orchestre
Les Bantous, qui après une période difficile (1997 2005) va se relancer en
2007, grâce aux efforts de Jean Martin MBEMBA, le sauveur qui a remis le groupe
en activité et l’a propulsé sur la
scène internationale.
Depuis 2006, sous la coupe de Jean Serge ESSOUS et Nino MALAPET, le chemin parcouru s’est
enrichi de belles récoltes : 2007 Festival des musiques Métisses Angoulême
– 2009 Babel Med Music – Marseille et Olympia Paris.
Enfin, voyageur infatigable, ESSOUS a sillonné pendant plusieurs années
l’Europe, Cuba et Les Antilles. Partout
il était capable de jouer avec des tas
de gens différents en conservant toujours autant de qualités, c’est finalement
un des critères les plus valables qui puissent exister, même si l’on ne s’en
rendait pas compte. Pour Joseph KABASELLE qui avait longtemps joué avec ESSOUS aux éditions Esengo (Rock-Africa) et
dans l’African Team, ESSOUS, c’était son grand amour.
ESSOUS, un novateur qui a ouvert à la clarinette, au saxo, à la flûte et
au chant un registre nouveau. Impossible en un article de faire le contour de
la vie musicale de Jean Serge ESSOUS, que MULAMBA « Mujos »
avait prié de tous ses vœux, dans un
sentiment généreux son retour au Congo, pendant qu’il était aux Antilles, et dans
une célèbre chanson « ESSOUS SPIRITU » (African Team)
ADIEU ESSOUS, que la terre de nos ancêtres te soit légère.
Clément OSSINONDE
Clement.ossinonde@sfr.fr
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