Qu'est-ce qui préside au choix
des médiateurs dans la guerre d'agression que notre pays connaît depuis plus
d'une décennie? Cette question peut paraître anodine. Il est possible que
plusieurs d'entre nous n'aient pas encore pris le temps d'y penser et assez
sérieusement. Tout au long de la guerre d'agression que nous subissions depuis
les années 90, la communauté dite internationale a eu recours à plusieurs
médiateurs pour que la région des Grands Lacs retrouve la paix. Sans grand
succès. Dans l'entre-temps, l'identité des criminels de guerre et contre
l'humanité devient de plus en plus floue. « De tueurs tutsi » et de
leurs complices du RCD et du CNDP, les rédacteurs de certains rapports sur
cette guerre accusent de plus en plus les FARDC et les FDLR d'être les seuls
auteurs des massacres , des viols et des pillages des populations civiles de
l'est de notre pays.
1. L'apport des NTIC et le
lobby étasunien
Si les NTIC nous ont permis de
comprendre (à partir d'un site Internet comme celui de Benilubero et des SMS
reçus de nos amis du Grand Kivu) que l'identité de nos agresseurs n'a pas
beaucoup changé, la question du lien probable entre ces agresseurs, leurs
commanditaires et la médiation pour la paix ne nous semble pas avoir fait
l'objet d'une étude assez approfondie dans les médias Congolais.
Le dernier numéro spécial du Le
Monde diplomatique, Bimestriel n° 108 de décembre 209-janvier 2010,
intitulé Indispensable Afrique(que nous recommandons à la crème intellectuelle
Congolaise), vient jeter un tant soit peu de lumière sur cette question.
Son premier article intitulé Le
« black business » cynique des Etats-unis nous aide à comprendre
le lien entre les entreprises multinationales, le Rwanda et la médiation
d'Obasandjo.
C'est cet article que nous allons
étudier. Son auteur, Jean-Christophe Servant nous informe que « le 19
décembre 2006, M. Olusegun Obasanjo, président sortant du Nigeria, était
l'invité d'honneur d'un dîner organisé dans la grande salle du Waldorf-Astoria
à New York ». (p.6) Les trois principaux investisseurs dans les
hydrocarbures au Nigeria (Chevron, ExxonMobil et Sell Nigeria) étaient
représentés à ce dîner. L'organisateur du dîner était M. Andrew Young,
« figure emblématique du mouvement pour les droits civiques, et
cofondateur de la société GoodWorks International (GWI), dont le siège se
trouve à Atlanta ». (p.6-7)
Qu'est-ce que GWI? A quoi
travaille-t-il?« GWI est un cabinet de conseil et de lobbying qui, nous
précise Laoulu Akane, correspondant aux Etats-unis du quotidien nigérian The
Guardian, « a tiré sa fortune de ses relations avec Obasanjo »
(p.7) dont il facilite l'opacité des revenus. Notons bien: « le cabinet
effectue des missions de « polissage d'image » pour le Nigeria,
l'Angola, la Côte d' Ivoire, le Bénin, ou plus récemment pour le Rwanda et
la Tanzanie, qui lui ramènent au minimum 220 000 euros par an. Il travaille
aussi pour plusieurs grandes sociétés américaines telles que chevron-Texaco,
mais aussi General Electric, Motorola, Mosanto ou Coca-Cola, qui cherchent à
pénétrer les marchés africains (ou à y confirmer leur pénétration) ».
(p.7. Nous soulignons)
De ces citations, il ressort qu'
Olusegun Obasanjo travaille avec un réseau transnational (GWI) qui polit
(améliore) son image, celle d'un pays impliqué dans la guerre d'agression au
Congo et celle de certaines multinationales intéressées par les ressources du
sol et du sous-sol africain. Que ce Monsieur puisse vanter l'amélioration des
relations diplomatiques entre le Rwanda et la RD Congo pendant que plusieurs
compatriotes ne savent rien des accords secrets conclus entre entre les deux
pays avant le déclenchement de l'opération conjointe Umoja Wetu, cela
nous semble participer de cette opération de polissage de l'image du Rwanda.
Il en va de même de tous ces récents rapports gommant le rôle du Rwanda (à
travers ses supplétifs du CNDP) dans les crimes de guerre et contre l'humanité
qui se commettent au quotidien à l'est de notre pays.
2. L' Alliance Sud-Sud contre
le capitalisme sauvage
Il est vrai que le travail de
lobbying est reconnu officiellement aux Etats-Unis. Ce qui inquiète, c'est le
cynisme avec lequel il est mené et la confusion qu'il entretient entre les
intérêts platement capitalistes (sauvages) et les questions d'ordre politique.
Les lobbyistes ou leurs amis deviennent des médiateurs dans la recherche de la
paix des cimetières au cours des guerres de prédation provoquées par « les
cosmocrates » qui financent les cabinets de lobbying chargés de polir
l'image de leurs sous-traitants transnationaux. La politique est prise en otage
par les oligarchies d'argent.
Il est important pour les
journalistes Congolais et pour une certaine élite politique et intellectuelle
alternative Congolaise d'approfondir ce genre de question. Cet
approfondissement pourrait conduire à la remise en question permanente de
multiples appartenances des médiateurs qui sont souvent imposés dans les
conflits et la guerres que nous connaissons et sur les critères de leur choix.
L'affairisme, le clientélisme et le cynisme marquent profondément l'expansion
du capitalisme sauvage à travers notre continent. Il prospère là où il crée des
désastres. Souvent (pour ne pas dire toujours), les sapeurs-pompiers
participent de la pyromanie.
Si nous voulons inventer une
autre Afrique et un autre Congo, notre rapport aux capitalistes du désastre
doit être chambardé du tout au tout. L' Alliance Sud-Sud initiée par Hugo
Chavez et Mouammar Kadhafi devrait devenir l'un des horizons incontournables de
toutes nos luttes présentes et à venir. Pour cause. Le capitalisme sauvage
peaufine au quotidien les stratégies d'ensorcellement de nos coeurs et de nos
esprits. Et pourtant, il a atteint, comme dirait Amin Maalouf, un niveau
d'irresponsabilité morale très très avancée. Faire de l' Alliance Sud-Sud l'un
des horizons de nos luttes présentes et futures devrait dorénavant être compté
parmi nos raisons de vivre et/ou de mourir.
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