
Simone Maganga ressent toujours une grande honte lorsqu’elle se
remémore comment, après la mort de son mari, elle fut obligée à avoir
une relation sexuelle avec le jeune frère de ce dernier afin de laisser
reposer l’âme du défunt.
“Pour enlever le cadavre de ton mari de ton corps il faut coucher avec
son petit frère,” explique Maganga, membre de l’ethnie Hemba au sud-est
du pays. “Sinon on te dit que tu vas commencer à voir ton mari partout
où tu te promènes. Par peur, nous acceptons. Mais c’est une humiliation
qui est difficile à faire quitter de ma mémoire.”
Maganga a trouvé cette épreuve particulièrement difficile à surmonter
parce que le frère de son mari est à peu près aussi âgé que son propre
fils. Elle a également subi d’autres épreuves, comme de ne pas pouvoir
se laver pendant 40 jours et recevoir très peu de nourriture.
“La nourriture on te la donne selon le bon vouloir de la famille de ton
mari,” explique-t-elle. “Parfois, je faisais deux ou trois jours sans
que je ne puisse mettre quelque chose sous la dent.”
Les groupes de défense des droits des femmes indiquent que de telles
pratiques traditionnelles créent un environnement en République
démocratique du Congo, RDC, au sein duquel les femmes sont perçues
comme ayant peu de valeur dans la société, ce qui en fait des victimes
plus faciles d’abus sexuels ou physiques.
D’autres avertissent que bien que les coutumes tribales contribuent à
la marginalisation des femmes, la RDC fait face à une augmentation des
viols et de la violence causés par la guerre.
“Ce que nous voyons en RDC est un nouveau phénomène directement associé
au conflit,” a déclaré Lyric Thompson, un analyste politique
international auprès du groupe de pression Les femmes pour les femmes.
“Le viol a été largement utilisé comme arme de guerre. Comme les
soldats sont retournés chez eux, la violence et les abus contre les
femmes sont passés dans la vie familiale.”
Thompson ajoute que ce phénomène n’est pas spécifique à la RDC, mais
est caractéristique des environnements d’après-guerre dans le monde
entier.
Elle note, cependant, que la RDC est l’un des pires endroits du monde
pour être une femme en ce moment, étant donné qu’il n’y a pas de
système en place pour offrir une protection adéquate.
Certains actes contre les femmes sont interdits en droit congolais,
mais toujours largement pratiqués dans les villages ruraux dans tout le
pays.
Les mariages forcés et les relations sexuelles avec des filles de moins de 18 ans en sont deux exemples notoires.
“Les mariages avec des mineures ont lieu de manière quasi quotidienne
dans nos villages,” déclare Isabelle Musonda, une étudiante à
l’université de Lubumbashi. “Où est l’État congolais dans de tels cas?”
George Simba, un magistrat, explique que le droit national devrait être
appliquée dans toute la RDC, sans discrimination, indépendamment du
fait savoir si les gens vivent dans un village ou une ville.
“Le plus grand défi pour la justice congolaise est que les tribunaux
civils et militaires n’existent pas dans nos villages,” a-t-il dit.
“Dans le village, vous avez seulement des tribunaux coutumiers et le
jugement est rendu selon les coutumes. Il est très difficile pour un
chef de tribu de renoncer à sa tradition.”
Simba milite pour le remplacement les tribunaux traditionnels par les
tribunaux civils et pénaux afin de réduire la violence contre les
femmes.
“Dans les villes, ces pratiques coutumières sont rares,” dit-il.
“Aujourd’hui, il est difficile d’épouser une ville de 15 ans à
Lubumbashi, mais dans nos villages, c’est toujours accepté.”
Stéphanie Mundolsheim est membre de la tribu Sanga et explique comment,
au sein de son peuple, il est habituel pour un nouveau chef de tribu
d’avoir une relation sexuelle avec sa mère avant de pouvoir être
intronisé, indépendamment de l’âge de la mère.
“Après, la mère et l’enfant ne doivent jamais se revoir ou habiter dans
une même ville,” explique-t-elle. “Vous voyez comment, avec nos
traditions, la mère n’a plus de valeur.”
L’association Les femmes pour les femmes a mis en place une série
d’ateliers en RDC destinées à accroître la conscience des hommes sur la
valeur des femmes dans la société.
“Il y a une coutume selon laquelle les hommes abandonnent leur femme si
elle a été violée,” a déclaré Thompson. “C’est parce que les hommes qui
ne peuvent pas protéger leurs femmes du viol pensent qu’ils ne sont
plus des hommes, alors les femmes sont abandonnées.”
Jean-Claude Tshibangu, membre de la tribu Kasaï, explique que la crise
financière mondiale a pour conséquence que de nombreux jeunes hommes ne
peuvent plus se permettre de se marier, étant donné qu’il doivent
apporter une dot de 1000 dollars US.
Il soutient que cela a mené à une augmentation de la violence sexuelle
contre les femmes, parce que, selon les traditions coutumières, un
homme qui viole une vierge doit l’épouser, et ne doit pas payer la dot.
Une femme qui perd sa virginité ne peut pas exiger une dot, explique-t-il.
Nathalie Mulunda, de l’ONG Action pour le Développement de la Femme,
souligne l’importance de l’éducation pour éradiquer les mauvais
traitements et la marginalisation des femmes dans la société.
“Les hommes ont créé ces coutumes et tous les avantages sont du côté
des hommes,” explique-t-elle. “Les femmes sont découragées d’étudier
dès leur plus jeune âge. On leur dit que la place de la femme c’est à
la cuisine et [que] les bureaux sont faits pour les hommes. Empêcher
une femme de s’instruire, pour moi c’est une autre forme de violence.
Une femme non instruite ne peut oser porter plainte parce qu’elle est
ignorante de ses droits.”
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