Monsieur
Joseph « Kabila » Kabange,
L’assassinat
de Laurent-Désiré Kabila, président autoproclamé, a permis que vous soyez à la
tête de notre grand pays, la République Démocratique du Congo. Cet acte, d’une
violence extrême, a irrémédiablement enterré l’émergence de nouvelles mœurs
politiques basées sur la bonne gouvernance et l’Etat de droit. Après cette
révolution de Palais, la Conférence Nationale Souveraine a été oubliée. A
jamais.
Vous le savez très bien, Monsieur Joseph
« Kabila » Kabange que vous n’êtes pas celui que vous prétendez être,
à savoir le fils de Laurent-Désiré, et nous Congolais le savons bien. Vos
parents biologiques, Christopher Kanambe et Marcelline Katerede, sont rwandais.
Devant cette contestation et le flou complet qui entourent votre parcours, vous
n’avez pas jugé utile de dissiper, de la manière la plus éclatante, les
interrogations des Congolaises et des Congolais sur votre identité véritable.
Or, vous ne pouvez pas ignorer que les fonctions que vous occupez, quel que
soit le pays où l’on se trouve, requièrent la transparence la plus totale sur
les origines de celui ou celle qui incarne les plus hautes responsabilités de
l’Etat. Cette exigence n’est pas à mettre sur le compte d’un procès
d’intention, mais relève du droit légitime des Congolaises et des Congolais.
C’est un devoir et une obligation de tout Chef de l’Etat de faire connaître
honnêtement à son peuple ce qu’il est et d’où il vient.
Tout récemment, lorsqu’une minuscule frange de la
population américaine pensait contester le fait que l’actuel Président des
Etats-Unis est bien pas né sur le territoire des Etats-Unis d’Amérique, les
services du Président Obama ont publié l’acte de naissance de ce dernier pour
couper court à toute rumeur. En ce qui vous concerne, il y a eu des personnes
audacieuses - non seulement congolaises mais aussi étrangères - qui se sont
exprimées les uns après les autres à ce sujet, mais la seule réaction qu’elles
ont réussie à déclencher chez vous c’est la violence aveugle, comme si vous
aviez quelque chose à cacher. Faute de clarté sur votre parcours, je vous somme,
Monsieur Joseph « Kabila » Kabange, de ne pas vous représenter aux
prochaines élections présidentielles sans avoir, au préalable et de manière
convaincante, levé, l’hypothèque concernant votre nationalité.
A l’heure actuelle, on vous attribue trois nationalités :
la rwandaise par vos parents biologiques, la tanzanienne par adoption pour
avoir longtemps vécu dans ce pays et pour avoir servi dans l’armée de la
Tanzanie et la congolaise par usurpation, en utilisant une identité d’emprunt à
l’instar des mercenaires, au moment où vous êtes entré au Congo en 1996, avec
les troupes de l’AFDL. La confusion sur l’identité des soldats qui
accompagnaient l’AFDL a été renforcée par le président Laurent-Désiré Kabila en
présentant James Kabarebe, votre vieux compagnon et membre de votre famille,
comme un Congolais. Et c’est à ce titre qu’il a élevé ce dernier au rang de
chef de l’armée nationale. Quelle naïveté ! Aujourd’hui, le même Kabarebe
assume les mêmes fonctions dans l’armée rwandaise. Cherchez l’erreur !
Il
est dès lors compréhensible qu’un compatriote comme le journaliste Amba Wetshi s’interroge
en ces termes : « Le 16 janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila meurt
quatre années après Kisase dans des circonstances nébuleuses. Il est remplacé
dans des conditions tout aussi nébuleuses par un illustre inconnu du monde
politique nommé Joseph Kabila. Qui est-il ? Quel est son parcours personnel ?
Quels sont les facteurs qui ont déterminé le choix en sa personne ? Des
questions qui restent sans réponses. Lors de son investiture le 26 janvier, le
nouveau président prend l’engagement de «faire toute la lumière» sur la
disparition de son prédécesseur. Le procès des «assassins» a laissé le plus
grand scepticisme au sein de l’opinion en ce qui concerne la culpabilité des hommes
et femmes embastillés depuis huit années à Makala ».
Monsieur
Joseph « Kabila » Kabange, notre pays, le Congo, est très en retard
par rapport à bien d’autres pays d’Afrique. Nous serions de mauvaise foi, si
nous vous imputions toute la responsabilité de cette situation. Avant
l’invasion du Congo par votre mouvement, l’AFDL, nous avons connu une longue
dictature dont la principale caractéristique fut l’incurie. Le pays a été
laissé à l’abandon, les équipes successives au pouvoir ne se sont contentées que
d’écumer toutes les ressources que pouvait produire le pays. Elles ne se
satisfaisaient pas de manger les fruits, mais elles dévoraient aussi l’arbre.
Dans tous les domaines, nous avons enregistré un recul considérable. Un seul
exemple : le Congo, qui était l’une des destinations d’Afrique
subsaharienne les plus prisées par les touristes de toute provenance a depuis
fort longtemps cessé d’intéresser les concepteurs et imprimeurs des guides
touristiques.
Venons-en
maintenant à votre bilan. Depuis l’entrée de l’AFDL, votre entreprise
d’agression et le coup sanglant du 16 janvier 2001 qui vous a porté au pouvoir,
plus de 12 ans se sont passés. Peu importe les péripéties de cette période,
vous en incarnez la responsabilité. C’est vous qui êtes le Président de la
République « démocratique » du Congo. C’est donc à vous, et à vous
seul, qu’incombe tout ce qui s’est passé durant ces années. L’histoire du Congo
est jalonnée de drames atroces, et pourtant jamais notre pays n’a connu une
situation équivalente à celle que l’AFDL, votre coalition, a initié depuis
1996. De l’avis de tous les observateurs étrangers et nationaux, les conditions
de vie des Congolais se sont davantage détériorées. Votre leadership n’a montré
son efficacité que lorsqu’il s’est agi de prendre des décisions arbitraires ou
de recourir à des violations systématiques des droits et des libertés
individuels. Les gesticulations qui entourent vos fameux « 5
chantiers » sont en contradiction flagrante avec le génocide perpétré sur
nos concitoyens par les armées de Paul Kagame et de Yoweri Museveni. Quelle
réalisation, Monsieur Joseph « Kabila » Kabange, pourriez-vous opposer
à 6 millions de morts dans notre pays ? Quel bâtiment de vos « 5
chantiers » pourrait restaurer la dignité des milliers de femmes et
d’hommes violés sur notre territoire ? Votre pouvoir a lamentablement
échoué sur son premier devoir et qui est la raison d’être de tout gouvernement,
à savoir la protection des citoyens et de leurs biens. Des régions entières du
territoire national sont devenues des miniétats contrôlés par des armées
étrangères ou par des bandits qui sèment la terreur et imposent la loi de la
jungle aux populations livrées à leur merci. C’est le sens de l’appel lancé par
Monsieur Ban Ki-Moon, Secrétaire général des Nations-Unies à votre gouvernement,
afin que l’Etat congolais réinvestisse ces zones de non-droit et y fasse régner
la paix. Les flagorneurs, qui vous caressent dans le sens du poil, chantent vos
louanges à Kinshasa, pendant qu’à l’Est comme à l’Ouest des armées étrangères
font incursion sur le territoire national et sévissent en toute quiétude sans
aucune réaction du gouvernement congolais. Or, une société mesure sa force au
soin qu’elle prend du plus faible de ses membres. Cette situation n’est pas
prête à se résorber d’ici à 2011, date des prochaines élections.
Vous
cumulez le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire en révoquant des
magistrats et autres fonctionnaires de l’Etat en les ayant préalablement accusés
de corruption avérée, mais sans instruction et sans procès. Vous violez la
Constitution et vous vous substituez au pouvoir législatif en concluant des
accords occultes avec les agresseurs, en vue de faire intervenir des soldats
rwandais sur le territoire national, sans l’aval du Parlement et à l’insu du
Chef d’Etat-Major de l’armée nationale. Vous nous narguez en allant
préalablement rencontrer Paul Kagame, pourtant exclu du périple de la
Secrétaire d’Etat américaine, avant de recevoir cette dernière à Goma. Vous vous
emparez du pouvoir législatif et poursuivez la provocation en initiant une
commission secrète pour préparer une modification de la Loi fondamentale,
contrairement aux dispositions de celle-ci qui interdisent formellement toute
modification touchant au mandat du Chef de l’Etat. Le but recherché c’est de
vous éterniser au pouvoir.
Monsieur
Joseph « Kabila » Kabange, j’aimerais vous dire que les Congolais qui
vous observent n’ont pas une patience indéfiniment élastique. A force de trop
tirer sur le fil, le boomerang risque de revenir sur vous-même. Ceux qui
mangent à votre table et ont pris goût au pouvoir et à ses bénéfices vous
poussent à la radicalisation « pour votre bien », disent-ils. Mais le
jour où il faudra payer l’addition, vous serez seul. Où sont Mobutu et
Kabila ? Ils ont payé. Mais regardez autour de vous : n’avez-vous pas
d’anciens collaborateurs de ces deux figures ? Monsieur, là où vous êtes,
vous ne pouvez plus monter, vous ne pouvez que descendre ou disparaître. C’est
juste un rappel de sagesse. C’est dans ce sens qu’il faudrait comprendre ce que
déclarait le Président Barack Obama dans son discours d’Accra : « Ne
vous y trompez pas : l’Histoire est du côté de ces courageux Africains
[qui prennent leur destinée en main et opèrent des changements à partir de la
base], et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d’Etat ou qui modifient
les constituions pour rester au pouvoir. L’Afrique n’a pas besoin d’hommes
forts mais d’institutions fortes. » Votre jeune âge n’y peut rien, par vos
méthodes arriérées de gouvernement, vous nous montrez que vous êtes dans la
mentalité des dinosaures de sinistre mémoire qui plombent nos espoirs de bâtir un
Congo nouveau dans une Afrique nouvelle. Vous avez systématiquement violé et
sapé tous les principes cardinaux qui fondent une démocratie, à savoir la
participation maximale des différentes catégories de la population à la vie
publique, la limitation et le partage du pouvoir ainsi que la solidarité.
Plutôt que d’entrer dans l’ère nouvelle qui souffle en Afrique et en Amérique
latine par exemple, vous avez choisi de vous illustrer en usant de pratiques
politiques tyranniques que beaucoup de peuples, même en Afrique, sont en train
d’enfouir dans les abîmes de l’histoire. Car le seul contexte historique dans
lequel le développement intégral est possible c’est la liberté.
Pour
votre bien et celui du peuple congolais, je vous suggère de remettre votre
démission selon les dispositions prévues par la Loi et nous permettre de
préparer sereinement les élections de 2011. Nous sommes persuadés que même avec
l’énergie du désespoir, vous n’avez pas les compétences et la stature
nécessaires pour sortir la République Démocratique du Congo du chaos dans
lequel elle se trouve. Relever le Congo
pour le faire asseoir à la table des grandes nations est une tâche gigantesque
qui est au-dessus de vos moyens. Démissionner de vos fonctions est la plus
belle chose que vous pouvez encore faire pour ce pays que vous avez contribué à
ruiner, blesser et humilier. Prouvez-nous que nous avons tort de penser que
vous n’avez pas la hauteur requise pour agir dans le sens que nous vous
recommandons.
Jadis,
les Congolais n’étaient refoulés « que » par des pays d’Europe
occidentale. Ce qui en soi représentait déjà un déshonneur pour notre patrie.
Aujourd’hui, même les pays voisins de notre pays expulsent à pleines mains des
Congolais considérés comme des malpropres, des mendiants et des pique-assiette.
Pendant ce temps, chez eux au Congo, l’un des pays les plus riches de la
planète, ce sont des étrangers qui tiennent le crachoir. Tout ceci est
insupportable et révoltant.
Le
peuple congolais n’a que trop souffert. Le Congo est allé de tragédie en
tragédie depuis plusieurs siècles. Nous en avons assez de vivre dans la
sous-humanité, alors que notre pays dispose de ressources humaines et
naturelles pour se hisser au rang de grande puissance en Afrique et sur la
scène mondiale. Nous n’en pouvons plus d’être classés parmi les Etats médiocres
en termes de gouvernance, de performances économiques et de bien-être, quand
des pays moins nantis que nous s’organisent efficacement et défendent leur
fierté et leur dignité dans le concert des nations.
Alors,
Monsieur Joseph « Kabila » Kabange, cessez de nous enfoncer
davantage. Dignement et courageusement, retirez-vous. Dans l’hypothèse d’un
refus de votre part, vous ne nous laisserez plus qu’un seul choix : durcir
notre lutte depuis la base de notre population jusqu’à ce que vous soyez mis
hors d’état d’agir. Des millions de Congolaises et de Congolais se
reconnaissent dans cet appel pressant. Des Congolaises et des Congolais, plus
compétents, plus probes et plus dignes que vous, sont prêts à relever le défi
de faire du Congo un havre de bonheur partagé, un espace de rayonnement au cœur
de l’Afrique et un pays dynamique. Ceux-ci sauront mieux que vous défendre les
chances et les intérêts du Congo et ainsi baliser son avenir que nous
entrevoyons prospère et lumineux. J’en suis convaincu. Vous ne le savez
peut-être pas mais le Congo n’a qu’un seul destin : être GRAND.
Recevez,
Monsieur Joseph « Kabila » Kabange, mes salutations graves et
impatientes.
Le
2 octobre 2009.
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