 Il ressort de nombreux rapports
des organisations de défense et de promotion des droits de l’homme dont celui
de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) que l’impunité
reste la question centrale de la mal gouvernance en République démocratique du
Congo. Et pour cause, de nombreux services de répression officiellement appelés
services de sécurité disposent des pouvoirs illimités qui sont renforcés au
détriment du pouvoir judiciaire.
En ce qui concerne singulièrement
la répression sanglante dont ont été victimes les membres du mouvement
politico-religieux Bundu dia Kongo (BDK), la FIDH souligne, dans son dernier
rapport rendu public le 24 juillet courant, qu’aucune enquête judiciaire n’a été
ouverte contre les membres des forces de sécurité impliqués dans les violences
commises au Bas-Congo en 2007 et 2008. L’Auditorat militaire de Matadi, au
Bas-Congo, a informé la Mission de l’ONU au Congo (MONUC) n’avoir pas reçu
d’instructions en ce sens. A l’inverse, un certain nombre de membres de BDK ont
été poursuivis et jugés. On signale à ce sujet que 22 personnes ont été
poursuivies pour différents chefs d’accusations : meurtre, participation à
un mouvement insurrectionnel, atteinte à la liberté de culte, haine raciale ou
tribale, devant le Tribunal de grande Instance des Cataractes à Mbanza-Ngungu.
Certains ont même été condamnés à des peines allant de deux mois
d’emprisonnement à la peine de mort.
Et pourtant, dans son rapport à
la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) en juin
2007, le gouvernement de Kinshasa rappelait que toute personne a droit à la
vie, à l’intégrité physique ainsi qu’au libre développement de sa personnalité
dans le respect de la loi, de l’ordre
public, du droit d’autrui et de bonnes mœurs tout en mettant en exergue le fait
que nul ne peut être soumis à un traitement cruel, inhumain ou dégradant.
S’agissant de la torture, le
gouvernement soutient qu’elle n’est pas encore érigée en infraction autonome mais
qu’elle est retenue comme circonstance aggravante de certaines infractions du
code pénal ordinaire et du code pénal militaire, et que des efforts sont en
cours pour obtenir la pénalisation de la torture. Jusqu’à ce jour, ce projet
n’a toujours pas été adopté. Rien d’étonnant pour des observateurs, car la
torture est faite par ceux qui disposent de la puissance publique, mieux par
ceux qui sont censés luttés contre elle.
Un responsable du mouvement
politico-militaire Bundu dia Kongo qui s’est confié à Congoone sous le sceau de
l’anonymat s’étonne que les organisations internationales n’aient pas jusqu’à
ce jour mené des enquêtes sur les exécutions sommaires des membres de BDK alors
que les fosses communes existent dans plusieurs localités de la province du
Bas-Congo et que son mouvement est très préoccupé par le sort de plusieurs
disparus dont il est sans nouvelles. Il rappelle à cet effet l’enlèvement en février 2007 à Kinshasa, comme dans un
film de fiction, d’Antho Kabedi, violentée et abandonnée dans le Bas-Congo car
laissée pour morte alors que son père, membre du MLC, a été abattu sans autre
forme de procès. Comme poursuivie par un signe indien, Antho Kabedi s’est trouvée impliquée, malgré elle, dans
les évènements de Bundu dia Kongo du fait de l’appartenance de son fiancé à ce
mouvement politico-religieux. Parce qu’il n’y a pas un sans deux, une autre
fille membre de l’église Kimbanguiste, Antho Kiebwa Mambu, confondue à une
adepte de Bundu dia Kongo, a connu aussi le sort peu enviable d’Antho Kabedi.
Au point que leurs proches inconsolables ne peuvent dire si elles sont encore
gardées au secret dans les geôles secrets du régime Kabila où elles seraient
transformées en esclaves sexuelles ou si elles auraient été exécutées et jetées
comme des colis dans les fosses communes à l’instar de beaucoup d’autres membres de BDK. Même au
cas où l’irréparable aurait été commis, leurs proches ne peuvent aucunement
envisager la tenue d’un quelconque deuil sans avoir vu les corps de deux Antho.
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