Les Tutsi et les Hutu dits
Congolais sont-ils nos compatriotes ? Cette question, à la limite
provocatrice, n’est pas l’expression d’une haine tribale et ou raciale envers
une partie de la composante nationale. Elle s’inscrit plutôt dans le cadre d’un
large débat sur ce qu’est la volonté des Congolais de vivre en communiant à un
même idéal, celui de bâtir un pays plus beau qu’avant en assurant sa grandeur
ainsi que cela ressort de notre hymne national.
Sans perdre de vue que pareille
question est susceptible de pêcher par une généralisation qui ne peut qu’être
abusive, il serait néanmoins absurde de ne pas mettre la question en relief
tant les Hutu et Tutsi dits Congolais semblent plus proches du Rwanda et des
Rwandais que du Congo à démocratiser et des ex-Zaïrois.
S’il est notoire que l’Alliance
des forces démocratiques pour la libération (AFDL) était d’essence étrangère du fait que des soldats
rwandais, Tutsi principalement, avaient volé au secours de leurs frères dits
Banyamulenge dont Laurent-Désiré Taratibu Kabila ka Makolo était porte-parole,
l’entente cordiale armée entre Hutu Rwandais et Hutu dits Congolais relèvait de
la conspiration du silence. Ce, jusqu’au mercredi 22 juillet courant, jour où,
au cours d’une conférence de presse tenue à Kinshasa, le porte-parole militaire
de la Mission
de l’ONU au Congo, Jean-Paul Dietrich, a jeté un véritable pavé dans la marre
en annonçant que 30% des rebelles Hutu membres des FDLR sont des Hutu Congolais.
Une première !
Dans sa tentative d’explication,
le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich estime que les Hutus Congolais se
seraient ralliés à leurs « frères » rwandais pour combattre le régime
de Kigali. Soit !
Quand, au regard de cette
« nouvelle » donne, le régime de Kinshasa met en exergue les
retombées positives des opérations Kimia qui auraient permis de réduire la
capacité de nuisance des FDLR au Nord-Kivu, alors qu’au même moment la MONUC affirme que plus de
700 maisons ont été incendiées à Kabare par des rebelles Hutu rwandais,
peut-être faudra-t-il ajouter désormais avec l’aide de leurs supplétifs
congolais, on réalise le malheur d’avoir un leadership fainéant à la tête du
Congo et la nécessité urgente d’une alternance au sommet de l’Etat.
Si à Kabare des milliers des
Congolais sont contraints de fuir vers des localités plus sécurisées par
crainte de nouvelles attaques, on ne saurait passer sous silence le fait que
d’autres centaines des milliers des Congolais, au Kivu et dans la Province Orientale,
errent ça et là en véritables réfugiés dans leur propre pays.
Ailleurs sur l’ensemble du
territoire national l’insécurité ne s’est jamais aussi bien portée. Les
ex-Zaïrois n’ont pas attendu le récent rapport de la Fédération
internationale des droits de l’homme (FIDH) pour constater la dérive
totalitaire d’un régime qui fait pire que le mobutisme en s’adonnant et en
encourageant le contrebande de l’uranium au point de menacer la sécurité
internationale.
Au moment où le courant passe
très bien entre Kinshasa, Kigali et Bujumbura à travers l’accréditation de
nouveaux ambassadeurs, il y a lieu de se demander si la présence révélée des
30% Hutu Congolais dans les effectifs des FDLR, dont la MONUC se garde d’indiquer le
nombre exact, ne serait pas le meilleur alibi destiné à permettre à Kigali de
revenir au Congo quand il le jugera nécessaire.
Quoi qu’il en soit, la présence
des Hutu congolais dans les rangs des FDLR relance la problématique de leur
congolité. Car, il n’est pas admissible que le sang des Congolais soit
inutilement versé par d’autres Congolais ou avec leur participation pour
permettre à des Rwandais, à savoir les Hutu rwandais, de combattre le régime de
Kigali.
De même, la question de la
congolité des Tutsi congolais devra également être traitée avec sérieux, car
comme les Hutu, eux aussi semblent plus proches de leurs « frères » Rwandais
que Congolais. Ce n’est pas un scoop que de rappeler qu’à l’avènement du FPR en
1994, bien de Tutsi dits Congolais avaient regagné la maison à Kigali. Il faut
y ajouter le fait que le soutien militaire aux différentes rébellions (AFDL,
RCD, CNDP) d’essence « banyamulenge » est toujours venu de Kigali.
Dès lors, le jusqu’auboutisme de
certains compatriotes du Kivu qui considèrent, aujourd’hui comme hier, que les
Hutu ou Tutsi dits Congolais sont tous des Rwandais peut se comprendre. Car,
par leurs faits et gestes, certains Hutu et Tutsi congolais se mettent en marge
de la nation congolaise.
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